Régulièrement et en particulier depuis un an, on entend parler de « souveraineté numérique » ou de « dépendance aux GAFAM ». C’est un fait, la plupart des interactions et des services numériques des gens passent la plupart du temps par un des acteurs majeurs de la tech américaine : Google, Apple, Facebook, Amazon ou Microsoft. Quasiment tout le monde a un smartphone Android ou iPhone, quasiment tout le monde a une adresse mail Gmail, Outlook ou iCloud (Apple), plus de 3 milliards de personnes dans le monde ont un compte Facebook. Instagram et WhatsApp font partie du même groupe que Facebook. Quant à vos vidéos Youtube, elles appartiennent à Google.
Le piège du gratuit
Vous connaissez probablement l’adage : « si c’est gratuit, c’est vous le produit » (exemple récent). Ce n’est pas vain car le chiffre d’affaires de ces entreprises se compose essentiellement de revenus publicitaires : vos données circulent partout et permettent de cibler la publicité qui vous est affichée dès que vous allez sur Internet.

C’est pourquoi ces grands groupes dépensent beaucoup d’argent en recherches sur l’interface et l’expérience utilisateur·ice et les biais cognitifs. Leur but est de vous faire rester sur leurs plateformes pour continuer à utiliser vos données personnelles, vous profiler et faire du chiffre d’affaire avec. Une vraie relation toxique.
Le sujet de la politique
Politiquement, les GAFAM sont alignées avec Trump ; les PDG de ces entreprises figurent parmi les plus riches du monde et ont donc tout intérêt à aller dans son sens. Or, Trump a mis en place un régime aux relents fascisants et si on y réfléchit 2 minutes, confier nos données personnelles à des entreprises qui collaborent avec lui n’est peut-être pas l’idée du siècle.
Sortir de ce cercle
Depuis plusieurs années, j’ai de mon côté entamé une démarche de reprise en main de mes données d’une part mais aussi de ce que je vois en ligne d’autre part. Exit la pub sur la plupart de mes terminaux mais aussi dans mes e-mails, exit aussi le partage des données via les cookies. Je ne contrôle pas absolument tout mais j’ai mis des barrières pour éviter les fuites au maximum.
Dans cet article, je vais donner des actions concrètes pour améliorer votre quotidien et, si possible, réduire votre dépendance aux GAFAM. Certaines sembleront faciles à mettre en place, d’autres non. J’ai la chance de m’y connaître dans tout ce qui est numérique et pour cause : je travaille dans le domaine depuis 25 ans. Mais j’essaie de prendre le point de vue d’une personne moins calée et je comprends tout à fait que cela semble insurmontable.
Ajoutons à cela la force de l’habitude. Google et ses collègues font tout pour nous faciliter plein de choses de sorte qu’on n’ait pas envie de partir de chez eux.
Ici je ne vous jugerai pas. Je ne dirai pas « c’est simple, il suffit de… ». Mais je vous donnerai des billes pour, je l’espère, vous permettre de redevenir un peu plus propriétaire de vos données. À noter que, ces solutions ne capitalisant pas sur la revente de vos données, certaines soient payantes. La plupart acceptent les dons. Il faut revenir à un modèle économique viable, la gratuité en elle-même n’est pas tenable sans un modèle éthiquement douteux.
J’en profite pour remercier Sara Dufour, Nils Lesieur et Émilie Esposito avec qui la discussion récente sur le sujet m’a remotivé à écrire cet article !
Les actions concrètes
Rentrons dans le vif du sujet. J’ai tenté de trier ces actions de la plus facile à la plus difficile mais, comme je le disais plus haut, l’ordre peut complètement changer selon vos sensibilités et habitudes. J’ai donc fait ce tableau pour synthétiser les différentes actions :
| Sujet | Alternative | Obstacles |
| Changer de moteur de recherche | Utiliser DuckDuckGo | Changer son moteur de recherche dans le navigateur |
| Remplacer Google Docs/Spreadsheets | Utiliser Cryptpad | Changer ses habitudes, migrer les anciens liens (pas nécessaire) |
| Ne plus utiliser Chrome | Utiliser Firefox ou un de ses dérivés | Changer ses habitudes, ses repères, retrouver ses extensions. |
| Supprimer la pub sur les sites | Utiliser un résolveur DNS privé ou une extension bloquant les pubs | Modifier les paramètres du navigateur |
| Supprimer les cookies | Supprimer la plupart des cookies régulièrement | Changer ses habitudes, pénibilité à rentrer des identifiants ou informations plus souvent |
| Changer de client mail | Utiliser Thunderbird | Changer ses habitudes, interface et expérience différentes, quelle appli mobile |
| Changer de fournisseur de mail | Utiliser votre FAI, Proton, ou Infomaniak | Migrer ses mails, changer son adresse auprès de tous ses contacts |
| Remplacer GitHub | Utiliser Codeberg | Changer l’origine de ses repos, ses actions, ses habitudes. |
| Éviter les clouds GAFAM | Utiliser Zaclys, Leviia, Infomaniak ou Mailbox.org | Migrer ses données, changer d’app cliente |
| Sortir de Windows | Utiliser Linux | Changer ses habitudes, retrouver des applications similaires |
| Indépendance complète ou presque | Auto-hébergement | Grosse charge technique |
Changer de moteur de recherche
90% des gens utilisent Google, le suivant étant Bing, le moteur de recherche de Microsoft, avec à peine 4%. Historiquement, Google était le moteur le plus rapide et le plus fiable. Aujourd’hui, avec l’invasion de l’IA générative, les liens « sponsorisés » et les « optimisations SEO », c’est très débattable.
L’intérêt pour les GAFAM de fournir un moteur de recherche est de recenser ce que vous cherchez et donc de savoir de quoi vous avez besoin pour vous proposer des publicités ciblées.

Alternative
J’ai choisi
DuckDuckGo pour mes recherches au quotidien. Il s’agit d’un site qui utilise Bing derrière mais qui ne propage pas vos cookies aux régies de pub. Ce n’est pas idéal ; il existe d’autres solutions que j’estime moins efficaces comme SearX qui agrège plusieurs moteurs mais qui du coup inonde d’informations pas toujours pertinentes ou pas dans la bonne langue. En 2026, le monde des moteurs de recherche est mal en point.
Remplacer Google Docs ou Google Spreadsheets
Google Docs et Google Spreadsheets c’est super pratique, c’est tout simplement Word ou Excel en ligne. Donc on peut partager des documents avec la famille, des amis ou pour le boulot, c’est facile et la plupart des fonctionnalités de base sont là. Mais Google peut et va lire l’intégralité du contenu de vos documents. Or, toutes les entreprises sont soumises à la loi des États-Unis ainsi qu’à leurs organismes de maintien de l’ordre et de contrôle. On se souvient par exemple du programme PRISM où la NSA a collecté un maximum de données provenant des plus grosses entreprises tech, ce qui débouchera sur l’affaire Snowden en 2013. Demandez-vous ce qui se passera avec un gouvernement d’extrême-droite. Ah en fait on sait déjà.
Alternative
Personnellement j’utilise Cryptpad, une solution hébergée en France qui se base sur OnlyOffice. Un compte gratuit donne droit à 1 Go de stockage, ce qui est bien suffisant pour démarrer. Aucune donnée personnelle n’est requise hormis un e-mail de validation. Tout est chiffré de bout en bout, ce qui signifie que personne hormis vous et vos collaborateur·ices ne peut lire le contenu des documents. Et il y a bien sûr toutes les fonctionnalités de base.
Il est possible de contribuer financièrement à Cryptpad ici.

Ne plus utiliser Chrome
Google Chrome est un navigateur très invasif. Toutes vos recherches, les sites que vous visitez, ce que vous faites sur Internet… est monitoré et envoyé aux serveurs de Google. Là encore dans le but de vous afficher des pubs ciblées. Mais Chrome veut (et pousse pour) aussi restreindre ce que vous pouvez faire sur Internet.
Alternative
C’est assez simple : hormis Firefox, tous les navigateurs sont basés sur Chrome. Edge, Brave, Vivaldi, Opera… utilisent le même moteur que Chrome et possèdent les mêmes inconvénients. Cela a certes permis une standardisation du Web mais au détriment de la vie privée.

Donc direction Firefox. Cependant, ces derniers temps, Firefox a fait des choix douteux, comme une dépendance à l’IA générative par exemple. Il existe donc des dérivés (ou « forks ») qui, en partant du moteur de Firefox, font des choix différents. Zen, Waterfox, LibreWolf, PaleMoon en sont des exemples. Personnellement j’utilise
LibreWolf pour son accent mis sur la sécurité et la vie privée.
Si vraiment vous avez besoin d’un navigateur basé sur Chrome (car certains développeurs ne sont pas très pointilleux et n’optimisent leur site pour autre chose que Chrome), je recommanderais Vivaldi qui a l’air un peu plus précautionneux au niveau de la vie privée.
Il y aurait beaucoup à dire sur les navigateurs Internet mais on fera peut-être ça dans un autre article.
Supprimer la pub sur les sites


Alternative #1 : ne pas télécharger les pubs
On en parlait plus haut, le nerf de la guerre pour les GAFAM c’est de pouvoir vous placer de la pub. Donc si on bloque la pub, on ralentit mécaniquement leur progression. Mais aussi d’un pur point de vue pratique, les pages web ne sont plus polluées par des vidéos intempestives qui peuvent parfois lancer des musiques ou jingles énervants. Sans parler de la vitesse de chargement de la page puisqu’on ne télécharge pas la pub.
Version courte
- allez sur cette page.
- choisissez un fournisseur qui filtre ce que vous souhaitez ; personnellement j’utilise soit DNSForge.de (https://dnsforge.de/dns-query), soit Mullvad-Base (https://base.dns.mullvad.net/dns-query).
- dans votre navigateur, allez dans les préférences, filtrez sur « DNS » et renseignez l’adresse que vous avez choisie.


Version longue
Attention, on rentre dans les descriptions techniques 🙂
Tout d’abord, définissons ce qu’est un résolveur DNS. C’est une machine qui permet de passer du nom de domaine (ex : signal.org) à une adresse IP qui, elle, permet à votre navigateur de contacter le serveur Web où est hébergé le domaine en question. Une sorte d’annuaire, quoi. Une grosse partie des communications au sein d’un navigateur en ont besoin : images, contenu dynamique, vidéos… pour pouvoir les télécharger et les afficher, il faut savoir où aller les chercher. Pour les pubs, c’est pareil. Par défaut, vous utilisez certainement le résolveur DNS de votre fournisseur d’accès à Internet.
Mais que se passe-t-il si on ne sait pas aller chercher les pubs ? Alors elles ne s’afficheront pas. Or, il existe des résolveurs DNS créés et maintenus par des associations ou des entreprises qui permettent de mentir et de dire « ah ça c’est un nom de domaine qui sert à de la pub, donc je vais dire que je ne sais pas où c’est ». Une sorte de filtrage.
Il existe diverses façons de changer de résolveur DNS, notamment à l’intérieur de votre navigateur Internet. Par exemple, dans Edge, il suffit d’aller dans le menu des paramètres, de taper « dns » dans la recherche en haut à droite puis activer « Utiliser le DNS sécurisé », cocher « Choisissez votre fournisseur d’accès » et entrer un de votre choix.
Mais lequel choisir ? Je vous conseille de faire votre choix dans cette liste qui explique bien quel résolveur bloque quoi. Personnellement j’utilise soit DNSForge.de (https://dnsforge.de/dns-query), soit Mullvad-Base (https://base.dns.mullvad.net/dns-query).
Et pour les plus motivé·es, il est aussi possible de le faire au niveau du système d’exploitation comme Windows.
Alternative #2 : le bloqueur de pub

Il y a plusieurs possibilités pour supprimer la pub dans un navigateur Internet. Pour commencer, on peut utiliser un bloqueur de pub. Chaque navigateur permet d’ajouter des extensions et parmi elles se trouvent notamment
uBlock Origin. Il s’agit d’un outil très puissant qui permet, outre les publicités, de choisir des éléments d’une page web que l’on veut tout simplement bloquer.
Malheureusement, depuis près d’un an, Chrome (et ses variantes Edge, Opera, Vivaldi…) a restreint les possibilités des extensions, et ceci très exactement pour empêcher les bloqueurs de pub. Donc si vous continuez à utiliser un navigateur autre que Firefox, ce sera nettement plus compliqué de filtrer du contenu.
Sur Firefox en revanche, l’extension fonctionne très bien et a le mérite d’être complémentaire à l’alternative précédente car elle permet en outre de masquer des nuisances comme des bannières de cookies et autres bandeaux ou widgets polluants.
Rendre le tracking plus difficile en supprimant les cookies
Les cookies sont des fichiers qui sont écrits par notre navigateur. Chaque site peut écrire un certain nombre d’informations et peut en lire d’autres. Ils contribuent grandement à exposer nos habitudes et notre personnalité aux GAFAM qui s’en servent, surprise, pour personnaliser les publicités.
Comment faire
Un moyen rapide est de configurer le navigateur pour supprimer tous les cookies lorsqu’on ferme un onglet ou le navigateur. C’est en revanche un peu violent car même les cookies « utiles » seront supprimés. Par exemple, les informations qui servent à éviter de vous authentifier à chaque fois sur tel ou tel site seront supprimées, donc vous devrez vous réauthentifier à chaque visite. Mais dites-vous que c’est le cas quoi qu’il arrive sur des sites où la sécurité est primordiale, comme celui de votre banque par exemple.
Personnellement j’ai opté pour l’utilisation de l’extension
Cookie AutoDelete qui permet de choisir quels cookies supprimer et pour quels sites. Cela me permet de garder quelques cookies sur des sites que j’estime sûrs tout en supprimant les autres. C’est une habitude à prendre, je procède ainsi depuis des années, grandement aidé par l’utilisation d’un gestionnaire de mot de passe qui remplit automatiquement mes identifiants sur mon ordinateur.


Changer de client mail
Si vous avec une adresse GMail Ou Outlook, il y a de fortes chances pour que vous passiez par le site ou l’app mobile dédiés. Ne nous leurrons pas, la plupart des données qui intéressent Google et Microsoft sont le contenu de vos e-mails, auxquels ils ont évidemment accès. Cependant, en évitant d’utiliser leurs sites et apps, on évite de leur fournir d’autres informations et c’est toujours bon à prendre.
Alternatives
Sur ordinateur, un client mail populaire est
Thunderbird qui permet aussi de gérer des agendas et autres, un peu comme Outlook. Il est possible de configurer Thunderbird pour récupérer les messages GMail ou Outlook mais aussi en envoyer. Thunderbird dispose en effet d’un assistant pour ajouter votre compte dans l’application et se chargera de faire les manipulations techniques à votre place.

En plus, il est possible de désactiver dans Thunderbird tout ce qui est « contenu distant ». Cela signifie les images et notamment les images « mouchardes », celles qui permettent à l’expéditeur·ice de savoir si vous avez lu son mail. Oui ça existe, c’est même très pratiqué. Du coup, j’ai désactivé l’affichage automatique du contenu distant dans mes mails et ça me manque rarement.

Changer de fournisseur de mail
Là encore, Google, Apple et Microsoft se taillent la part du lion. Qui n’a pas d’adresse Gmail ou Outlook aujourd’hui ? En plus, c’est tellement pratique pour s’identifier sur un site sans créer de compte ! Mais là encore, c’est un désastre en termes de vie privée et de protection des données personnelles : à qui confiez-vous tous vos échanges ? Qui peut les voir passer ?
Sur le papier, changer d’adresse mail peut faire peur. C’est un peu comme déménager : il faut prévenir tout le monde, mettre à jour ses coordonnées un peu partout et accepter que ça prenne du temps. Mais une fois installé dans le nouveau logement, on ne le regrette généralement pas.
Ce que ça implique concrètement
Quelques points importants à anticiper avant de changer :
- Vos archives. Avant toute chose, exportez l’intégralité de vos mails depuis votre adresse actuelle. Google propose Google Takeout pour ça, Microsoft a je crois un outil équivalent. Mais faites un peu de ménage avant, il y a des chances que vous n’ayiez plus besoin de 90% des e-mails qui ont plus d’un an.
- Vos contacts. Exportez-les également dans un format standard (vCard ou CSV) pour pouvoir les réimporter chez votre nouveau fournisseur.
- Les services critiques. Commencez par mettre à jour votre adresse sur les services les plus importants : banque, impôts, sécurité sociale, assurances.
- La transition en douceur. Ne fermez pas votre ancienne adresse tout de suite. Gardez-la active pendant plusieurs mois, voire un an et configurez-y si possible un message de réponse automatique indiquant votre nouvelle adresse.
Les alternatives
À titre personnel j’ai plusieurs adresses pour plusieurs besoins différents mais les principales sont une adresse chez un ancien fournisseur d’accès (Free) et plusieurs adresses sur un serveur que j’administre (et sur lequel vous lisez cet article). Voici d’autres alternatives connues mais que je n’ai moi-même pas testées.
Proton Mail. Entreprise basée en Suisse, chiffrement (attention toutefois à ce que cette notion implique, les e-mails n’étant jamais totalement sécurisés par nature), interface soignée, application mobile disponible. Proton défraie régulièrement la chronique car, malgré son accent sur la sécurité et la vie privée, il lui est arrivé de collaborer avec les autorités, ce qui est requis par la loi suisse (si vous voulez creuser un peu le sujet, renseignez-vous aussi sur les « five, nine et fourteen eyes »). La version gratuite (1 Go) est suffisante pour commencer.
Infomaniak Mail est une autre alternative suisse avec une offre gratuite généreuse (20 Go). Elle doit probablement appliquer la loi suisse de la même manière.
Votre FAI. On l’oublie souvent mais Orange, Free, SFR ou Bouygues fournissent tous une adresse mail avec votre abonnement. C’est une option sans frais supplémentaires et vos données restent en France. À noter toutefois : si vous changez de fournisseur d’accès un jour, vous perdrez peut-être l’adresse (dans mon cas, j’ai toujours une adresse Free fonctionnelle alors que je suis chez Orange depuis 2014).
Pour les utilisateurs « tech » : remplacer GitHub
GitHub appartient depuis 2018 à Microsoft. C’est bien pratique sur plein de points mais ça signifie que tout votre code source est hosté chez Microsoft, aux États-Unis.
Alternative : Codeberg
Il existe plusieurs alternatives possibles : Gitlab, Gitea, etc… qui ne sont pas propriétés de Microsoft. Mais la plupart sont toujours aux États-Unis et pas vraiment libres. Une véritable alternative solide et européenne est
Codeberg. C’est très complet, personnellement je l’utilise pour quelques projets perso et il faut encore que j’en migre un ou deux autres dessus, mais j’en suis très satisfait.
Éviter les clouds aux États-Unis
Microsoft OneDrive, Google Drive, Google Photos… ces services sont indéniablement pratiques et bien intégrés dans nos habitudes quotidiennes. En plus de rendre les fichiers accessibles de partout, ils servent aussi de backup pour pas cher. Mais comme pour le reste, vos fichiers sont autant de données accessibles à ces entreprises qui ne se privent pas de les lire ni de les communiquer aux autorités états-uniennes le cas échéant. Notez bien ce qui est écrit dans cet article Wikipédia : « contraindre les fournisseurs de services […] à fournir les données relatives aux communications électroniques de ses clients, stockées sur des serveurs, qu’ils soient situés aux États-Unis ou dans des pays étrangers« . Pensez-y la prochaine fois que vous voudrez stocker des documents importants dans Azure ou Google Drive, même si les serveurs sont basés en Europe.

Alternatives
Plusieurs acteurs européens proposent des services cloud complets, souvent basés sur des logiciels libres comme NextCloud. Il n’y a aucun moyen d’être sûr à 100% qu’ils ne liront pas vos données mais ils semblent plus fiables que les GAFAM. En voici quelques-uns que je n’ai personnellement pas testés :
- Zaclys est une association française qui propose divers services : stockage de fichiers, agenda, contacts, éditeur de documents en ligne… C’est une excellente alternative hébergée en France et qui fait partie du collectif CHATONS décrit ci-dessous.
- Mailbox.org est un service allemand qui propose une messagerie, un agenda et un espace de stockage et qui met la confidentialité en avant.
- Leviia est un hébergeur français qui propose du stockage compatible avec les clients Nextcloud, une bonne option pour ceux qui veulent quelque chose de facile d’accès et français.
- Infomaniak est un hébergeur suisse qui propose une suite complète : mail, kDrive (cloud), agenda et même une alternative à Google Meet. Ils ont une politique de confidentialité claire mais soumise à la législation suisse quoi qu’il arrive.
Ces services sont en général payants, mais à des tarifs très raisonnables de quelques euros par mois, ce qui est le prix normal d’un service qui ne vit pas de vos données.
Si vous ne savez pas par où commencer : les CHATONS
Le Collectif des Hébergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires, connu aussi sous l’acronyme CHATONS, regroupe une liste de structures (associations ou petites entreprises) qui proposent des alternatives libres. Chaque membre du collectif s’engage à respecter une charte garantissant la transparence, la non-revente des données et l’utilisation de logiciels libres. C’est un excellent point de départ pour trouver un hébergeur de confiance proche de chez vous, qu’il s’agisse de stockage, de messagerie ou d’autres services du quotidien.

Sortir de Windows : passer à Linux
Concrètement dans Linux : pas de télémétrie cachée envoyée à Microsoft, pas de publicités dans le menu démarrer, pas d’agent IA imposé
Je l’ai mentionné en introduction : je suis resté longtemps sur Windows par habitude et par confort. Depuis que Microsoft fait n’importe quoi, je songeais à en sortir. Depuis quelques semaines, j’ai franchi le pas et migré mes deux machines personnelles (un portable et un fixe) sous Linux. Suite à un problème technique avec Windows, j’ai également installé Linux sur le PC portable de mon fils et la migration de celui de ma conjointe est prévue dans les jours qui viennent. Je mettrai cet article à jour avec mes retours au fur et à mesure.
Linux est une famille de systèmes d’exploitation libres ; il en existe plusieurs déclinaisons (ou « distributions ») développées et maintenues par des bénévoles plus ou moins nombreux voire par des entreprises qui vendent du service derrière. Concrètement dans Linux : pas de télémétrie cachée envoyée à Microsoft, pas de publicités intégrées dans le menu démarrer, pas d’agent IA imposé partout et surtout un système qui reste fonctionnel même sur du matériel vieillissant. Le laptop de mon fils date de 2017 et tout tourne très bien.
Des distributions pensées pour celles et ceux qui viennent de Windows
Il existe des dizaines de distributions Linux, ce qui peut vite faire peur. Mais là où la migration pouvait être réservée aux personnes plutôt techniques il y a encore quelques années, certaines distributions ont été conçues pour être accessibles rapidement.
Parmi elles, le collectif Universal Blue a choisi Fedora pour construire des packages ou « images » prêtes à l’emploi. Elles partagent une même philosophie : les mises à jour du système se font en arrière-plan de manière atomique, c’est-à-dire que si quelque chose se passe mal, on peut revenir à l’état précédent en un clic. Un peu comme les « points de restauration » Windows. J’ai moi-même expérimenté ce changement d’état et c’est effectivement très propre et rapide.
Bazzite est l’image que j’utilise sur mes machines ainsi que sur le laptop de mon fils. Elle s’adresse aussi bien aux joueurs qu’à un usage quotidien général. L’interface est moderne et les utilisateurs Windows s’y retrouveront facilement avec la barre des tâches, le menu démarrer et les raccourcis clavier similaires. Pour les joueurs, Bazzite inclut Steam dès l’installation, pour une expérience aussi clé en main que possible. Mon retour après quelques semaines est très positif ; l’installation demande quelques manipulations un peu techniques, mais une fois en place, tout roule.

Aurora est la distribution que je viens d’installer sur le laptop de ma conjointe. Elle se veut plus simple et orientée vers un usage bureautique et quotidien. En gros c’est comme Bazzite mais sans la couche « gaming ». Pour quelqu’un qui veut juste un ordinateur qui fonctionne sans avoir à s’en occuper, ça me semble être une excellente option.
La migration est d’autant plus facile si vous avez déjà fait le reste
Si vous avez suivi les autres recommandations de cet article, vous avez déjà fait une bonne partie du chemin sans le savoir. Firefox fonctionne exactement pareil sous Linux, Thunderbird et Signal aussi. La suite Office ? Vous pouvez installer OnlyOffice que l’on retrouve sur Cryptpad qui peut lire et enregistrer les mêmes formats de fichiers.
La vraie difficulté vient des logiciels propriétaires : la suite Adobe, certains jeux ou outils métiers particuliers. Si vous en dépendez fortement, le passage à Linux sera plus compliqué. Mais pour un usage courant comme la navigation web ou la bureautique, Linux fait du très bon travail. Changer de système d’exploitation ne signifie pas tout réapprendre : tout au plus quelques habitudes à revoir.
L’indépendance complète : l’auto-hébergement
Pour les plus aventureux·ses, il existe une option radicale : héberger soi-même ses services. Concrètement, cela signifie mettre en place son propre serveur, que ce soit chez soi avec un vieux PC ou un Raspberry Pi, ou à distance chez un hébergeur spécialisé (c’est le cas de ce blog). Puis d’y installer les logiciels de cloud, de messagerie, d’agenda, etc…
Pourquoi c’est puissant… et pourquoi c’est compliqué
C’est la solution la plus souveraine qui soit. Des logiciels comme Nextcloud permettent de recréer chez soi l’équivalent de Google Drive, Agenda et Contacts en un seul outil. Vous pouvez choisir comment exposer quel service et sous quelles conditions.
Mais c’est techniquement exigeant. Il faut gérer le système d’exploitation, installer et configurer des logiciels, suivre les mises à jour, s’assurer que la machine tourne en permanence, et penser à la sécurité. C’est accessible si vous avez des bases solides en informatique mais ce n’est pas une solution pour tout le monde.
C’est ce que je fais depuis plus de 20 ans. Je loue un serveur dédié, soit chez OVH soit chez Scaleway en fonction du comportement et des prix du fournisseur. C’est pénible à installer mais la maintenance, bien que technique, reste minime.
Si le sujet vous intéresse, le mieux est de commencer par regarder ce que propose la communauté autour de YunoHost, un projet français qui simplifie énormément l’installation et la gestion de ses propres services. C’est probablement actuellement la porte d’entrée la plus facile d’accès pour l’auto-hébergement. Je ne l’ai pas testé moi-même mais j’ai lu beaucoup de retours positifs. Une vulgarisatrice connue sur le sujet est Elena Rossini, qui a publié plusieurs articles sur le sujet.
En conclusion
J’espère que ce (gros) article vous donnera des pistes pour vous intéresser à sortir du « tout GAFAM ». C’est normal de craindre de changer des trucs importants, sortir de sa zone de confort est par essence compliqué. Mais les alternatives crédibles existent et, étant donné le contexte actuel, deviennent à mon avis nécessaires même si elles ne sont pas parfaites. Si vous adoptez l’une ou l’autre, pensez à la soutenir : un don ponctuel, un abonnement payant même sans en avoir strictement besoin… ces projets vivent grâce à leurs utilisateurs, pas grâce à vos données. C’est précisément ce qui les rend différents et ce qui mérite qu’on les aide à durer.



Après, toutes les alternatives ne se valent pas. Qui les développe ? Qui les maintient ? Le code est-il disponible ou propriétaire ? Dans quel pays la solution est-elle hébergée ? Si c’est pour donner de la visibilité et du financement à des personnes ou des organisations douteuses, on s’en passera. Ce n’est pas évident, choisir les bons outils sans aller à l’encontre de nos valeurs est un exercice chronophage et pas toujours passionnant.
Je pense que, s’il est important de faire des choix en accord avec nos valeurs, il est très difficile de le faire partout. En revanche, il est plus facile et acceptable d’avancer pas à pas, en changeant une habitude à la fois, plutôt que de ne rien faire sous prétexte qu’on ne peut pas tout remplacer d’un coup.
Pour aller plus loin, voici quelques ressources qui, actualité oblige, ont aussi l’avantage d’être récentes :
- Un article similaire avec certaines pistes similaires et d’autres différentes : https://bonpote.com/quelles-alternatives-aux-gafam/
- L’initiative « Dégooglisons Internet » par l’association Framasoft : https://degooglisons-internet.org/fr/
- Une liste de liens vers des solutions européennes plutôt qu’états-uniennes : https://graphics.social/@metin/115894842710778497
Software developer since 2000, I try to make the right things right. I usually work with .Net (C#) and Azure, mostly because the ecosystem is really friendly and helps me focus on the right things.
I try to avoid unnecessary (a.k.a. accidental) complexity and in general everything that gets in the way of solving the essential complexity induced by the business needs.
This is why I favor a test-first approach to focus on the problem space and ask questions to business experts before even coding the feature.
